Pierre Glasson, né en 1650, et frère de Jean Glasson dit Parrain (sosa 1070), est un des capitaines corsaires très actifs durant les guerres de la Ligue d’Augsbourg et de succession d’Espagne. Pendant la guerre de succession d’Espagne, on voit souvent Pierre et Jean Glasson se former en escadre sous les ordres de Cornil Saus ; on y compte aussi Dierick Pleite, Carpentier, Jean Saus, Jean Simoens, Van Cattendyck, Jacques et Pierre Bart…

les commandements de Pierre Glasson

On le retrouve sur plusieurs vaisseaux corsaires:
Commandant la Demoiselle-Alexandrine 50 tonneaux, 6 canons (1691-1692)
Commandant la frégate “le chasseur” en 1692 et 1693
Commandant la frégate “La sauvage” en 1694
Lieutenant sur le dogre “La Mavil” du Capitaine Jean Saus en 1694
Commandant le “Morien” en 1695
Commandant les “Deux-Frères” 50 tonneaux, 6 canons, 6 pierriers, 50 hommes en 1696
Commandant la “Demi-Lune” 150 tonneaux, 16 canons, 6 pierriers, 100 hommes en 1696
Commandant le Renard en 1702,
Commandant l’Etoile 50 tonneaux 10 canons, 70 hommes, en 1703/1704,
Commandant le St François 20 tonneaux, 2 pierriers, 51 hommes, en 1704,
Commandant le St Pierre 6 canons, 2 pierriers, 42 hommes
Commandant la Vipère 40 tonneaux, 10 canons, 4 pierriers, 68 hommes en 1707

Pierre Glasson au Dogger Bank

Jean Bart prend les vaisseaux d’escorte hollandais au Dogger Bank ; pendant ce temps, les corsaires chassent les navires du convoi.   gravure de Yves-Marie Le Gouaz (1806)

En 1696, Pierre Glasson et Jean Saus naviguent sur deux barques-longues les Deux-Frères et le Saint-Jean de l’armateur Nicolas Taverne. Malgré le blocus de l’amiral Benbow, ils quittent Dunkerque dans la nuit du 17 mai avec la flotte de Jean Bart pour aller croiser en mer du Nord.

Jean Bart se tient entre le Vlie, le Dogger Bank, et le sud de la Norvège, un passage obligé pour les navires de la Baltique. Le 17 juin, vers 7 heures du soir, on aperçoit un grand nombre de voiles. Il s’agit d’une grosse flotte marchande de 80 bâtiments venant de la Baltique, escortés par des Hollandais. Vers minuit, les deux corsaires Jean Saus et Pierre Glasson viennent parler à Jean Bart sur le Maure. Ils avaient quitté l’escadre 4 jours plus tôt et harcelé la flotte hollandaise. Pendant le combat, leur rôle sera d’entrer dans la flotte et d’amariner le plus de navires possibles et de couper les manoeuvres des autres.

A l’aube, l’escadre composée du Jersey, de l’Alcyon, du Maure, du Mignon, de l’Adroit, du Comte et du Milford, part à l’abordage du Comte-de-Solms, du Weldam, du Den-Arent et du Soestdyk et prend les quatre navires. Jean Saus et Pierre Glasson amarinent et rançonnent tout ce qu’ils peuvent, aidés de deux autres capres Charles Baeteman sur le Lambety et Nicolas Kieken sur le Bonne-Espérance. Mais une flotte beaucoup plus nombreuse, de 13 vaisseaux et un brûlot, commandée par Arnold Manart, apparaît à l’horizon.

Jean Bart retire ses hommes de ses prises, charge le Den-Arent de prisonniers hollandais, il en encloue les canons et mouille les poudres. Il conserve les officiers majors et 230 blessés, et allume l’incendie des vaisseaux qu’il abandonne. Jean Bart se retire sur ses deux huniers seulement “laissant la mer toute couverte de vaisseaux en feu”.

Jean Bart brûle les bâtiments marchands au Dogger Bank – gravure de Yves-Marie Le Gouaz (1806)

L’ennemi aura perdu quarante bâtiments, les capres rentrent à Dunkerque avec 14 blessés et 15 prises et rançons auxquelles le roi prendra part: Bateman 4 prises, Saus 3 prises et 3 rançons de 1900, 1400 et 1200 florins, Glasson 3 prises et 2 rançons de 60000 et 5000 livres de Hollande. Jean Bart se débarrasse de la plupart des prisonniers sur des bâtiments danois.

En manque d’eau et l’équipage atteint par la fièvre et le scorbut, Jean Bart fait relâche à Conkalf en Norvège. Les frégates de Jean Saus et Pierre Glasson, y cherchent aussi un abri. Jean Bart obtient pour eux la levée des garnisaires et l’autorisation de partir avec leurs prises. Ils sont chargés de la lettre qui relate le combat du 18 juin. Jean Bart avec le Maure, puis le Tigre, le Jersey, le Mignon, l’Adroit et l’Alcyon, le Comte et le Milford rentrera à Dunkerque le 30 septembre.

Pierre Glasson et Jacob Betten prennent le Milford

Pierre Glasson et Jacob Betten sortent de Dunkerque le 13 janvier 1697 avec la Demi-Lune (150 tonneaux, 16 canons, 6 pierriers, 103 hommes) et le Comte-de-Toulouse (150 tonneaux, 22 canons, 120 hommes). Le 17, ils chassent une petite flotte anglaise escortée par le Milford du capitaine Thomas Liell, avec 32 canons. Ils se rendent maîtres du Milford à l’abordage après 4 heures de combat. Le Milford a une quarantaine de blessés, Pierre Glasson perd 7 tués et 12 blessés, Betten 6 tués et 13 blessés. Ils ramènent trois des navires marchands et 1600 livres de rançon pour les trois autres qu’ils ont laissé libres.

Le 22 février 1697,une flotte de 14 capres attaque les convois ennemis. Les 14 capres comptent 1500 hommes et 300 bouches à feu, avec les capitaines Jacques Bart, Cornil et Jean Saus, Charles Jacobsen, Pierre et Jean Glasson, Alexandre Carpentier, Nicolas Bateman, Mathieu de Prey, Direick Pleite, Cornil de Werdt, Mathieu de Wulf, Jacob Cosyn, Piette Segaerdt. Les corsaires ramassent tous les marchands, trois d’entre eux poursuivent les fuyards. Au retour Bateman prend une frégate de guerre d’Ostende. Ils rentrent à Dunkerque le 24 septembre avec 20 prises valant de 600 000 à 900 000 livres.

Pierre Glasson est tué au combat

Le 17 novembre 1707, Pierre Glasson lutte 4 heures avec la Vipère (40 tonneaux, 10 canons, 4 pierriers, 68 hommes, 8 mortiers) contre le Dauphin (26 canons), capitaine Willem Willemsen. Il est tué ; son second Charles Kieken continue le combat une heure encore. Un office à sa mémoire est célébré à Dunkerque le 30 novembre 1707.

sources

Les corsaires Dunkerquois et Jean Bart (Henri Malo)
Les corsaires du littoral (Patrick Villiers, presses universitaires du Septentrion)
Les combats de Jean Bart (Patrick Villiers)
Ces Messieurs du Havre (Jean Marie Delobette)