En 1598 le roi d’Espagne Philippe II cède la souveraineté des Pays-Bas espagnols à sa fille l’infante Isabelle et à l’archiduc Albert d’Autriche. S’ouvre une période de calme relatif pour le comté d’Artois. Les actes notariés du Gros des notaires de Saint-Omer recèlent  une foule de renseignements sur la vie dans les années 1600 à Bayenghem lez Eperlecques, un village d’Artois.

Remerciements à Yves Lemaire (†), Philippe Derieux, Bernard Chovaux,  Nicolas Lorry, qui ont dépouillé les registres notariés.

Troubles en Artois au 16ème siècle

Au début du 16ème siècle, les dix-sept “provinces belgiques” dont l’Artois, la Flandre et le Hainaut, auparavant terres bourguignonnes, forment les Pays Bas espagnols, sous la souveraineté de Charles Quint. L’Artois souffre particulièrement des conflits entre le roi de France, le roi d’Angleterre, et Charles Quint, roi d’Espagne et empereur du Saint Empire romain germanique. Les troupes françaises, anglaises et impériales ravagent tour à tour les villages d’Artois. En 1553, Charles Quint rase les villes de Thérouanne et Hesdin, enclaves françaises en Artois. En 1558, le duc de Guise reprend Calais aux anglais. Le Pays Reconquis, avec Calais, Ardres et Guines, redevient français.

Philippe II succède à Charles Quint en 1555. Les troubles religieux commencent dans les Pays Bas. la révolte des “gueux” se répand en 1566. Les iconoclastes ravagent les églises en Flandre. Après la sévère répression menée par le duc d’Albe, les provinces se révoltent. Le prince d’Orange étend son influence sur les provinces du nord qui deviendront les Provinces-Unies.
Malgré des troubles, à Saint-Omer en 1577, à Arras en 1578, l’Artois devient la base de la reconquête catholique, sur la base de “l’Union d’Arras” en 1579.

Mais la guerre reprend entre la France et l’Espagne. En 1594, les troupes françaises du duc de Longueville tentent d’entrer à Saint-Omer par surprise, mais l’alerte est donnée et ils se replient vers Ardres en pillant les villages au passage. En 1595, les français prennent TournehemCalais, puis Ardres, sont pris par les Espagnols en 1596. En 1597, à Bayenghem, les paysans mettent en déroute un groupe de français qui voulaient piller l’église. C’est à Eperlecques qu’ils iront finalement prendre leur butin. Le traité de Vervins du 2 mai 1598 met fin à la guerre ; Calais et Ardres redeviennent français.

l'Artois en 1590
l’Artois en 1590
les archiducs
les archiducs Albert et Isabelle

 

Le 6 mai 1598, Philippe II, roi d’Espagne cède la souveraineté des Pays-Bas à sa fille l’infante Isabelle, et à l’archiduc Albert d’Autriche. Les villes leur réservant un accueil chaleureux : les “Joyeuses Entrées”. C’est le retour de la paix en Artois, même si la lutte continue avec les Provinces-Unies jusqu’à la trêve de 1609. Le domaine des archiducs, les “Pays-bas du sud”,  comprend l’Artois, la Flandre wallonne, le Hainaut, ainsi que les provinces de l’actuelle Belgique.

Baronnie et paroisse de Bayenghem

Les seigneurs de Northout possédaient un fief à Bayenghem. En 1600, Claude de CROY, fils d’Eustache de CROY et d’Anne de NORTHOUT, seigneur de Clarques, est baron de Bayenghem. En 1602, leur second fils, François Henry de CROY, capitaine d’une compagnie de cavalerie à Saint-Omer (cité dans un acte de vente du 30/11/1602), devient seigneur de Northout, baron de Bayenghem. Le 10 avril 1603, il vendra la baronnie de Bayenghem à François de DIVION.

On trouve de multiples orthographes du nom du village : Bayenghem Lez Esperlecques, Baienghem, Bainghen Lez Esperlecques, Bainghem…. Deux lieux-dits sont cités plusieurs fois dans les actes notariés : Monnecove (autour de l’ancienne motte féodale) et Helvelinghem, près du communal.

les “notables” de Bayenghem

Un personnage remarquable à Bayenghem : Franchois MASSEMIN est cité des dizaines de fois dans les actes notariés en tant que bailly de Bayenghem. De 1606 à 1610, il est qualifié de bailly de messieurs de Saint‐Augustin à Bayenghem. Les moines de l’abbaye de Saint Augustin à Thérouanne devaient avoir des propriétés à Bayenghem. En 1612, il est dit bailly du seigneur de Northout. Par un acte de 1615, il prend en location la cense de Northout (“la plache et cense, terres et heritaige de Northout seant a Bainghem” ). Une cense de “65 mesures”,  soit plus de 20 hectares, une surface importante pour une ferme à l’époque.
Franchois MASSEMIN est l’époux de Catherine PIERS. Par son testament du 25 septembre 1625, elle lègue à l’église de Bayenghem un “tableau peint à l’ huile où sera peint l’ image de la résurrection de Notre Seigneur qui sera posé au devant de sa sépulture en ladite église.” Elle lègue aussi 60 sols à Pasquette RICHARD sa servante. Franchois MASSEMIN se remariera avec Pasquette RICHARD. Un contrat de mariage est établi le 5 juin 1627. Ils iront s’établir à Saint-Omer au faubourg du Haut-Pont, comme cela est cité dans un acte de 1633.

Sont aussi souvent cités :
– Robert TUZELE est dit greffier de Bayenghem dans des actes de 1604 à 1610.
– Le curé de Bayenghem est Pierre WIDEBIEN, cité dès 1600. Il est aussi curé de Nortbécourt. Mentque et Nortleulinghem ont un autre curé (Robert DECUPPRE en 1616).
– Lambert MAES, né vers 1567,  laboureur et censier de la cense de Monnecove (“censsier de la plaiche et censse de Monecove paroisse dudict Bayenghem“) à partir de 1608 et jusqu’en 1634.

métiers à Bayenghem en 1600

Sont cités dans les actes notariés de 1600 à 1635 les métiers suivants :

  • laboureur (Jehan MASSEMIN l’aîné, Chrestien, Flour, Jacques, Mathieu, Nicolas et Jehan HANSCOTTE, Adrien, Guillaume, Simon et Robert HIELLE, Jehan ZEGRES…)
  • manouvrier (Mathieu MASSEMIN…)
  • charron (Gilles HANSCOTTE, Tristaen COUILLE)
  • couvreur d’étain (Flour DE COURT)
  • joueur d’instruments (Jehan DORET)
  • tisserand (Marand DE LATTRE, Marcq FLAMEN,  laboureur et tisserand )
  • tisserand de toile (Robert DU SAULTOIR, Jean MAHIEU)
  • meunier (Jacques et Anthoine SCATHMAN)
  • marchand de porcs (Pierre GILLON)
  • maréchal (Charles DE COURT)
  • hoste (Thomas VAN ROEURE)
  • couturier (Gilles BAUCHANT, Jean REGNIER)

Fait divers à Bayenghem en 1616

Flour HANSCOTTE (Hanscottere), époux de Marguerite DE GUELQUE (Deghuelque) est laboureur à Monnecove, paroisse de Bayenghem. Ils ont au moins 6 enfants : Robert, Jacques, Andrieu, Pierre, Marie et Nicolas. Une transaction devant notaire établie en 1616 à Saint-Omer indique de leur fils Nicolas a été tué par un certain Anthoine DESGUINEGATTE (homicide par luy comis et perpétré en la personne de feu Nicollas Hanscottrere leur filz a marier). L’objet de la transaction est de mettre fin aux actions judiciaires entreprises à ce sujet, moyennant le versement de 150 florins d’Artois par Anthoine DESGUINEGATTE à Flour HANSCOTTE.
Il est fait référence à la “Maison Rouge” d’Arras, le siège de la justice comtale où avaient certainement eu lieu les actions judiciaires.

Les parties se sont mises d’accord sur cette transaction suite à l’entremise de Robert DECUPPRE, curé de Mentque et Nortleulinghem, et de Jehan de BERSACQUES, chanoine et archidiacre de la cathédrale de Saint-Omer. Jehan de BERSACQUES était l’oncle d’Anthoine DESGUINEGATTE. Un autre de ses oncles était Denis de BERSACQUES, écuyer. Une famille influente…