Marie Philippine Lambriquet, petite fille de François Lambriquet (sosa 722), est considérée par certains comme fille cachée de Louis XVI. Adoptée par la reine Marie-Antoinette et rebaptisée Ernestine, elle aurait pris la place de Madame Royale à sa libération de la prison du Temple. Madame Royale aurait été remplacée pour dissimuler un enfant conçu lors de son emprisonnement au Temple.

Ernestine fille du roi Louis XVI ?

Madame Royale enfant

Marie-Philippine Lambriquet, adoptée par la reine Marie Antoinette en 1788 à l’âge de 10 ans est rebaptisée Ernestine. Elle est traitée exactement comme Madame Royale la fille de la reine. Son appartement aux Tuileries est très proche de celui de Madame Royale. Les deux enfants ont le même âge.

L’adoption d’Ernestine Lambriquet par la reine peut apparaître comme exceptionnelle : elle n’est pas orpheline de ses deux parents, comme les autres enfants adoptés par la reine; d’ailleurs son petit frère lui n’est pas adopté. Toutes ces circonstances, ajoutées aux nombreuses pensions dont bénéficie Jacques Lambriquet, feront supposer que le vrai père d’Ernestine n’est autre que Louis XVI lui même. Des contemporains remarquent d’ailleurs qu’Ernestine ressemble au roi Louis XVI. Certains verront aussi une ressemblance physique entre Ernestine et la fille du roi Madame Royale.

Marie-Magdeleine RASKY a développé une théorie à ce sujet. Après plusieurs années de mariage entre Louis XVI et Marie-Antoinette, le mariage n’était toujours pas consommé. Le sujet préoccupait grandement la cour d’Autriche, l’impératrice dépêche à Versailles son fils sous le nom de comte de Falkeensten. Il convainc le roi de faire une opération chirurgicale qui lui permettra de procréer. L’opération réussit, et l’entourage du roi trouve la femme avec qui il pourrait faire ses premières armes : c’est Marie-Philippine Lambriquet. De là naîtrait Marie-Philippine en juillet 1778. Quelques mois plus tard, en décembre 1778, Marie-Antoinette donne le jour à son premier enfant Marie-Thérèse. Les dates sont conformes au scénario.

la thèse de la substitution

l’orpheline du Temple

Frédéric de Saxe Altenbourg a développé en 1954 la thèse de la substitution, soutenant qu’Ernestine Lambriquet aurait pris la place de Madame Royale à sa libération de la prison du Temple.
Madame Royale, la fille du roi Louis XVI, avait passé son adolescence dans la prison du Temple. Elle n’apprend qu’en juillet 1795 la mort de ses parents et de son frère. Elle est libérée le jour de ses dix-sept ans le 19 décembre 1795 et échangée contre des prisonniers français détenus par l’Autriche. Elle voyage sous le prénom de Sophie, accompagnée par Madame de Soucy. Un fils adolescent de Madame de Soucy les accompagne dans une seconde voiture avec des serviteurs.

L’échange est organisé en Suisse à Bâle le 26 décembre 1795. Madame Royale part ensuite pour Vienne à la cour de son cousin François II.

Pour les tenants de la thèse de la substitution, Madame Royale aurait été remplacée pour dissimuler un enfant conçu lors de son emprisonnement au Temple. La cour d’Autriche et le futur Louis XVIII auraient eu intérêt politique et financier à cette substitution. C’est Ernestine Lambriquet qui aurait pris sa place : demi-soeur de Madame Royale, du même âge qu’elle et ayant reçu la même éducation, elle réunit beaucoup d’éléments favorisant l’opération. La substitution aurait eu lieu à Huningue pendant le voyage vers Bâle. Ernestine aurait été déguisée en fils de Madame de Soucy pour le voyage.

la duchesse d’Angoulême

la duchesse d’Angoulême

A son arrivée à Vienne, Madame Royale reste dans un premier temps à l’écart des mondanités. Après l’échec d’un premier projet de mariage avec l’archiduc Charles, elle épousera en 1799 à Mitau son cousin le duc d’Angoulême fils du comte d’Artois futur Charles X. Après plusieurs étapes dans les cours royales d’Europe, elle revient à Paris à la cour de Louis XVIII en 1814.
Elle doit de nouveau quitter la France après la révolution de 1830 et meurt en 1851 au château de Frohsdorf près de Vienne. Elle est inhumée à Nova Gorica en Slovénie.

la comtesse des ténèbres

La véritable fille de Louis XVI se serait cachée sous le nom de Sophie Botta, dite aussi la comtesse des ténèbres (“dark countesss”), une femme mystérieuse qui a sillonné l’Europe accompagnée d’un diplomate hollandais Leonardus Cornelius van der Valck.  A partir de 1810, ils s’établissent au château de Eishausen en Allemagne.
Sophie rappelle d’ailleurs le prénom d’emprunt de Madame Royale pour le voyage vers Bâle.
Sophie Botta s’éteint en 1837.

contre la thèse de la substitution

On a retrouvé trace d’Ernestine en 1810, par son mariage avec Jean-Charles Prempain (contrat de mariage du 7 décembre 1810 à Paris, devant les notaires Maisne et Robin). Mais cela ne suffit pas pour certains à infirmer la thèse de la substitution. Marie-Magdeleine de RASKY, trouve une explication : comme elle n’a pas trouvé de trace du décès de Louis Catherine, la soeur aînée de Marie-Philippine, elle avance l’hypothèse que, Marie-Philippine ayant pris la place de Madame Royale, Louis Catherine a pris la place d’Ernestine: on en arrive à une double substitution…
Pourtant, on trouve bien l’acte des obsèques de Louis Catherine à Versailles, paroisse Notre-Dame le 7 juin 1778 (elle y est appelée Louis Philippine !).

Les analyses ADN des années 2000 ont invalidé l’hypothèse d’un lien de parenté entre Marie Antoinette et Sophie Botta.

sources principales
Archives départementales des Yvelines
Etat-civil reconstitué de Paris
Frédéric de SAXE-ALTENBOURG : l’énigme de Madame Royale (1954)
Marie Magdeleine de RASKY : la révolution française : une affaire de famille, tome II : Madame Royale (1977)
Susan NAGEL : The fate of Marie Antoinette’s daughter (2008)