Jacques Lambriquet (fils de François Lambriquet, sosa 722) s’installe à Versailles en 1771 et devient valet de chambre de Monsieur, frère du roi. Il épouse Marie Philippine Noirot qui travaille au château. Elle est femme de chambre de Madame Royale, fille du roi et de la reine Marie Antoinette. Leur fille Marie Philippine est adoptée par la reine Marie Antoinette et élevée avec Madame Royale. C’est l’origine de l’affaire “Madame Royale”.

Jacques Lambriquet valet de chambre de Monsieur

Monsieur (Philippe d’Orléans)

Jacques Lambriquet s’installe à Versailles en 1771 et prend la fonction de garçon de chambre de Monsieur, frère du roi, “en survivance de” Louis Coville, son oncle, pour 200 livres de gages par année.

Le 18 mai 1775, il épouse à Paris (Saint Eustache) Marie Philippine Noirot qui travaille aussi à Versailles. Elle est femme de chambre de Madame Royale, Marie Thérèse, fille du roi et de la reine Marie Antoinette. Ils auront quatre enfants :
– Louise Catherine, née le 23 mai 1776 à Versailles, a pour parrain Monsieur, frère du roi, et pour marraine Madame, sa femme. Elle décède en juin 1778.
– Marie Philippine, née le 31 juillet 1778 à Versailles
– Emelie Marie, née en 1780 et décédée à 13 mois
– Auguste Etienne, né en 1781 à Versailles

Ernestine Lambriquet adoptée par la reine Marie Antoinette

Marie Antoinette à Versailles

Marie-Philippine Noirot est femme de chambre de Madame Royale. Sa fille Marie-Philippine, qui a le même âge que Madame Royale, devient sa compagne de jeu quotidienne. Madame Royale est née le 19 décembre 1778.

Mais Marie Philippine Noirot meurt le 30 avril 1788 et est inhumée le lendemain. L’inventaire après décès est établi le 26 juin 1788 par acte notarié chez Maître Fourchy notaire à Paris et par Maître Poiret huissier.

Le 9 novembre 1788, la reine Marie Antoinette adopte Marie Philippine Lambriquet qu’elle rebaptise Ernestine, le prénom de l’héroïne d’un roman populaire. Ernestine est alors âgée de dix ans. Une pension de 1200 livres lui est octroyée avec effet au 1er avril. Elle est logée au château, à proximité des appartements de Madame Royale.

 

Pension de 1200 livres
Décision 9 novembre 1788
Brevet d’une pension de 1200 l. en faveur de la demoiselle Marie-Philippine Lambriquet née le 31 juillet 1778, baptisée le 1er août suivant, paroisse Saint Louis Versailles,des services de feu sa mère, l’une des femmes de chambre de Madame,  laquelle pension lui est accordée sur le Trésor Royal sans retenue en considération des services de feu sa mère, l’une des femmes de chambre de Madame fille du Roi pour en jouir à compter du 1er avril de la présente année suivant la décision de ce jour 9 novembre 1788. “

Elle est traitée exactement comme Madame Royale, Marie Thérèse, dont elle est la compagne quotidienne. Ernestine reçoit les mêmes fournitures, dépenses consignées sur le Registre des Enfants de France, réservé aux enfants du roi. Son appartement aux Tuileries est très proche de celui de Madame Royale.

Dans son appartement, Ernestine dispose de :
“2 bergères, 4 fauteuils, 1 lit en niche, les rideaux de croisés. Une commode, une table à écrire, la toilette feu de fer. 7 rideaux de mousselines, un écran de noyer, la feuille de taffetas vert. Une pendule qui vient de l’antichambre de Madame fille du roi. 2 couvertures de lit.
Dans la garde-robe :
1 table de nuit de noyer à 2 tablettes de marbre
2 chaises d’affaires en noyer
1 bidet à planche
1 pot à sel de garde-robe…”

Elle reçoit la même éducation que les enfants royaux, comme par exemple les leçons de langue données par le Sieur Gattescki, maître de langue en titre des Enfants de France. A table, elles sont alternativement premières servies.

On trouve aussi trace d’Ernestine sur le “registre pour la tenue journalière des atours de la garde-robe des chambres des Enfants de France” :
“Mademoiselle Lambriquet
(entré) le 17 septembre 1789. 10 aunes de taffetas jaspé gris blanc, 9 aunes de taffetas de Florence gros vert pour chemise….”

Marie-Antoinette et ses enfants en promenade au Trianon, dessin du paysagiste Lespinasse

D’après Hélène Becquet:
Marie-Antoinette tient Louis-Charles par la main, tandis que le Dauphin court après un chien. Au second plan, on aperçoit Madame Royale en discussion sans doute avec sa compagne habituelle, Ernestine Lambriquet.

 

 

 

 

la Révolution

Ernestine passe les premiers temps de la Révolution aux côtés de la famille royale. Le 1er octobre 1789, elle assiste au banquet donné au régiment de Flandre, aux côtés de la reine de de Madame Royale.

D’après le recensement de 1790 à Versailles, Jacques Lambriquet habite au 90 de la Rue Royale paroisse St Louis. Il est garçon de Chambre de Monsieur avec 2 enfants encore à sa charge et 2 domestiques.

Ernestine accompagne la famille royale aux Tuileries où elle occupe un appartement auprès de Marie-Thérèse. Pendant la fuite de Varennes, il semble qu’elle se soit réfugiée au couvent Sainte Marie, rue du faubourg Saint Jacques, avec Madame de Mackau. Après Varennes, elle revient aux Tuileries. Elle sort indemne de la prise des Tuileries du 10 août 1792.

La jeune comtesse Pauline de Tourzel, la comtesse de Soucy, Madame Thibault, Madame Terrasse, Lemoine, Bazire, de Saint-Brice et Mademoiselle Ernestine Lambriquet, ont été épargnés et sauvés le 10 août par la présence d’esprit de l’une des quatre premières femmes de chambre de la reine, qui s’avançant sur les marches de leur porte, à la rencontre des assassins, dit à voix haute : mes braves gens, n’avez vous pas pitié des pauvres servantes ?

Un nouveau recensement en 1792 indique au 90 de la rue Royale , paroisse St Louis: “Jacques Lambriquet 52 ans natif d’Alquines habitant Versailles depuis 25 ans garçon de la Chambre de frère du roi, Auguste Louis son fils âgé de 10 ans, sa fille Marie Philippine âgée de 13 ans, Marie Jeanne Cauville âgée de 76 ans d’Alquines depuis 4 ans à Versailles et Gallet Elisabeth Marie 20 ans de Vernaux depuis 2 ans ½”.

Le 19 mars 1794, Jacques Lambriquet est arrêté à son domicile et conduit à la maison de détention de Seine et Oise. Il est transféré le 14 juin 1794 au Luxembourg et mis en accusation le 5 juillet. L’acte d’accusation de Fouquier-Tinville soutient :

Lambriquet, valet de chambre de la ci-devant cour de Capet âgé de 53 ans né à Alquiers, département du Pas de Calais, demeurant à Versailles, rue Jean-Jacques Rousseau, où il a été arrêté. Ce valet de l’infâme Capet a été l’agent de ses trames et de ses conspirations contre le peuple français. C’est lui qui a préparé l’émigration de ces traîtres et qui n’a cessé de demeurer au Luxembourg, dont nuitamment il enlevait les effets les plus précieux pour les faire passer à Coblenz. Il était aussi l’agent de l’infâme Antoinette et son espion pour venir tous les huit jours de Versailles à Paris, lui rendre compte de ce qui se passait dans cette commune. Aussi en faveur de sa fille compagne de la fille Capet au dépend du peuple, de 10 actions dans la nouvelle création des rentes, la lettre qui lui annonce ce nouveau vol fait au Trésor Public en faveur de la fille de cet agent de contre-révolution est du 23 mars 1792. Aussi on ne peut douter qu’il n’ait figuré dans toutes les journées du 28 février 1791 et du 10 août 1792, où tous les valets de la cour étaient appelés pour assassiner le peuple !

Sa proximité avec la famille royale le fait condamner.
La prison de la Conciergerie à Paris garde la trace du passage de Jacques Lambriquet. Il est guillotiné le 27 messidor an II.

Madame Royale quittera la prison du Temple en 1795, pour rejoindre l’Autriche à la faveur d’un échange contre des prisonniers de guerre français. A cette occasion, l’empereur d’Autriche demande, en vain, que madame Royale soit accompagnée par sa compagne Ernestine Lambriquet, en précisant : “Madame de Soucy sait où elle est“.

Ernestine est déclarée mineure émancipée lors d’un conseil de famille du 16 fructidor an IV (2 septembre 1796).

D’après la thèse de la substitution, Ernestine Lambriquet aurait pris la place de Madame Royale à sa libération de la prison du Temple: c’est l’affaire “Madame Royale”.

Marie Philippine Lambriquet à Passy

On retrouve Marie Philippine Lambriquet à Paris en 1810 : elle y épouse Jean Charles Germain Prempain. Ils habitent un  hôtel particulier de Passy au 20 rue Boislevant.

sources principales
Archives départementales des Yvelines
Etat-civil reconstitué de Paris
Frédéric de SAXE-ALTENBOURG : l’énigme de Madame Royale (1954)
Marie Magdeleine de RASKY : la révolution française : une affaire de famille, tome II : Madame Royale (1977)
Susan NAGEL : The fate of Marie Antoinettes’s daughter (2008)